Le marché européen reste inexorablement en baisse de 16 % par rapport au niveau de 2019. Sur la base de ce constat, les présidents des associations européennes des distributeurs automobiles du groupe Stellantis ont décidé de prendre la plume et de porter leur angoisse directement auprès de la Commission européenne.
Dans une lettre adressée le 23 février à Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne que nous publions ici, ces derniers lancent un avertissement clair : sans mesures rapides pour relancer la demande, “la survie même des concessions européennes” est menacée.
Le constat dressé est sévère. Les signataires évoquent “un marché européen dans un état d’extrême fragilité” et “des prix qui continuent d’augmenter en raison de la hausse des coûts de transformation, des contraintes réglementaires et des pressions inflationnistes“.
Pour les distributeurs, cette combinaison crée une situation critique. Le réseau, maillon essentiel entre constructeurs et consommateurs, voit sa viabilité directement menacée. La crise n’est plus conjoncturelle, elle est devenue systémique.
Le paquet automobile est salué… mais jugé insuffisant
Les signataires reconnaissent que la publication du paquet automobile européen constitue un signal positif. Ils y voient une prise de conscience “des pressions structurelles et réglementaires” pesant sur la filière.
Ces annonces bruxelloises, qui datent du 16 décembre 2025, prévoient l’introduction de flexibilités permettant aux constructeurs automobiles jusqu’à 10 % d’émissions résiduelles, ouvrant ainsi la voie à la commercialisation limitée de véhicules thermiques et hybrides au-delà de la date de 2035.
Si dans un premier temps, les distributeurs automobiles avaient salué un certain pragmatisme de la part de la Commission européenne, ils sont plus mesurés aujourd’hui. “Nous estimons que la proposition actuelle n’apporte pas de réponses suffisantes à ce que nous considérons comme la question la plus urgente à ce stade : comment restaurer efficacement la demande des consommateurs à l’échelle européenne“, indiquent-ils.
La lettre pointe les freins persistants à l’adoption des véhicules électriques. Malgré des rythmes différents selon les États membres, la mobilité électrique reste marquée par “des coûts d’achat et de recharge excessivement élevés, des dispositifs d’incitation hétérogènes et des infrastructures insuffisantes“.
Ces facteurs “sapent la confiance des consommateurs et limitent fortement leur propension à acheter“, expliquent-ils. En creux, les distributeurs décrivent un marché attentiste, où la transition énergétique peine à s’ancrer dans les comportements d’achat.
Le marché des VUL dans une “situation critique”
Face à cette situation, les associations jugent “essentiel de réaffirmer un engagement fort en faveur de la neutralité technologique“, en élargissant l’éventail des technologies et des solutions mises à disposition des citoyens européens pour réduire les émissions.
Le segment des véhicules utilitaires est particulièrement visé. Il est décrit comme “actuellement dans une situation critique“, les mesures proposées étant jugées insuffisantes. Les signataires demandent un renforcement du mécanisme de compensation sur deux périodes de cinq ans (2025-2029 et 2030-2034), une réévaluation des objectifs d’émissions et l’introduction immédiate de “mesures de flexibilité significatives“, incluant “la reconnaissance et l’utilisation des carburants renouvelables“.
Pour les voitures particulières, les distributeurs plaident pour un mécanisme de compensation sur 2028-2032, accompagné d’un système de supercrédits pour tous les véhicules zéro et faibles émissions fabriqués en Europe, avec un soutien renforcé pour les modèles compacts.
Ils soutiennent également l’introduction d’un principe de contenu local, à condition qu’il soit “progressif et fondé sur des incitations“, permettant de “compenser les coûts de production plus élevés par des mécanismes réglementaires appropriés“.
Autre piste avancée : un mécanisme ciblé d’incitation au renouvellement du parc roulant. “Accélérer le remplacement du parc circulant par des véhicules à plus faibles émissions, neufs comme d’occasion, générerait simultanément des bénéfices environnementaux, sociaux et industriels” assurent les présidents des associations européennes de concessionnaires.
En filigrane, le message est politique : la transition ne pourra réussir sans adhésion du marché. Or, rappellent-ils, “la survie du secteur dépend largement des choix des consommateurs européens“.
Automobile Magazine-France

























