Le Journal des Flottes : Quel regard portez‑vous sur les évolutions récentes qui ont fortement impacté le marché des flottes ?
Igor Dumas : Le marché automobile a poursuivi sa baisse en France en 2025 avec, en ce qui nous concerne, un périmètre BtoB en recul de 10 % et un secteur de la location longue durée dans les mêmes eaux. L’une des conséquences est que, pour la première fois depuis de très nombreuses années, le parc de véhicules d’entreprise à la route a légèrement baissé dans l’Hexagone. Les sociétés gardent leurs voitures plus longtemps et cela se traduit aussi par un vieillissement du parc. Il a ainsi vieilli de plus de trois mois au cours des deux dernières années, pour atteindre 7,4 ans en moyenne.
Bien évidemment, ce contexte est étroitement lié aux récentes évolutions fiscales, avec le durcissement des avantages en nature et l’instauration de la taxe annuelle incitative, la TAI. À la suite de ces changements, les entreprises se sont interrogées, ont remis en question leur car policy et ont fait preuve d’un certain attentisme. Tout cela a impliqué des prolongations de contrat, des révisions de catalogue avec parfois du downsizing, voire des réductions de flotte. Il est important de souligner que, dans ces conditions, la location longue durée a confirmé qu’elle était le mode d’acquisition privilégié des entreprises. Elle a représenté plus de 60 % des immatriculations BtoB l’an passé.
JDF : L’autre grand sujet du moment, qui découle aussi des évolutions fiscales, est celui de l’électrification…
I.G. : Il s’agit évidemment de l’enjeu majeur. Les pouvoirs publics ont mis une forte pression sur les entreprises pour qu’elles contribuent à l’électrification du marché automobile. Cela fonctionne puisque les mises à la route de modèles électriques dans les flottes montent en flèche. Ce mouvement est très net dans les grands groupes soumis à la TAI, mais plus globalement, dans toutes les entreprises puisque la réforme des avantages en nature concerne tout le monde, pas seulement les sociétés disposant de plus de 100 véhicules. Ni le salarié d’une petite boîte ni le dirigeant d’une grande structure n’ont envie de payer des avantages en nature qui explosent.
Nous constatons que le marché BtoB ne décolle toujours pas
JDF : Cela fait maintenant plus d’un an que les nouveaux AEN et la TAI sont en place. Les entreprises n’ont toujours pas digéré ces changements ?
I.G. : Je serai en mesure de répondre à cette question fin 2026. Il faut du temps pour que tout le monde comprenne bien tous ces changements. Les grandes entreprises qui ont des gestionnaires de flotte ont très bien saisi les enjeux de ces réformes. Mais quand vous discutez avec des PME‑PMI, vous vous rendez compte que c’est beaucoup moins clair. Je dirais que nous sommes entrés dans une phase de prise de décision des gestionnaires de flotte sur leur parc. Néanmoins, ce que l’on constate, c’est que le marché BtoB ne décolle toujours pas…
JDF : Comment la société Leasys traverse‑t‑elle cette période difficile ? Quel est l’impact en termes d’activité ?
I.G. : En 2025, nos livraisons de voitures électriques ont augmenté de 46 %. Les grandes entreprises se sont engagées les premières dans ce processus d’électrification et on voit maintenant que les PME‑PMI s’y mettent aussi. Au niveau global, le parc sous contrat de Leasys en France s’élève à 275 000 véhicules, nous sommes la première captive du pays. Un autre point que je tiens à souligner est que nous améliorons notre position sur le segment des PME‑PMI, ainsi que notre pénétration dans les transactions BtoB de Stellantis. Nous regardons attentivement la part de nos ventes dans celles du constructeur dont nous sommes la captive.
JDF : Vous nourrissiez également de fortes ambitions sur les grands comptes. Là aussi, êtes‑vous à votre avantage ?
I.G. : Nous gagnons plus de pénétration sur les PME‑PMI que sur les grands comptes. Nous avons un plan de conquête sur ces derniers, mais aussi de fidélisation. Nos équipes travaillent beaucoup sur la qualité de nos services et de nos prestations pour y parvenir.
JDF : Stellantis a revu sa politique commerciale BtoB, en offrant plus de remises à ses clients. Cela a‑t‑il un impact bénéfique sur l’activité de Leasys ?
I.G. : Stellantis repart à l’offensive. En tant que captive du constructeur, notre rôle est de l’accompagner ainsi que l’ensemble de ses neuf marques dans le développement des ventes BtoB. À nous d’être compétitifs dans le marché et d’apporter les bons services. Nous sommes complètement embarqués dans la dynamique commerciale de Stellantis visant à regagner du terrain.
JDF : Comment cela se traduit‑il dans la compétitivité de vos offres ?
I.G. : Avant de vous répondre plus précisément, je tiens à souligner que l’approche TCO est désormais largement répandue chez nos clients. Nous avons initié un baromètre avec OpinionWay en 2025 qui indique que le TCO est devenu le critère principal de décision pour 43 % des dirigeants. Notre rôle n’est clairement plus d’être seulement un loueur, mais d’être un véritable partenaire de conseil. Notre mission est d’aider les entreprises à faire les bons choix en fonction de leurs usages, de leurs contraintes, mais aussi de leur budget. Dans ce cadre, nous avons développé le Leasys TCO Scan qui permet justement d’analyser précisément les coûts et de comparer les motorisations.
Nous sommes en train de déployer cet outil auprès des vendeurs du réseau Stellantis qui, je le rappelle, se compose de 1 500 points de vente et d’après‑vente. Avec cela, ces vendeurs peuvent accompagner de la meilleure des manières les clients. Nous complétons cette approche TCO avec le label e‑MOVE. L’idée est ici de proposer des véhicules électriques dont le coût total de possession est inférieur à celui de véhicules thermiques équivalents. C’est en quelque sorte notre promesse. Chez nous, le TCO pris en compte est complet puisqu’il inclut le financement, l’énergie, la fiscalité, l’entretien ou encore l’assurance. Le loyer de départ est plus haut évidemment, mais avec les aides à l’acquisition, l’énergie moins chère que le carburant et la fiscalité plus avantageuse, nous arrivons à avoir des offres électriques rassurantes pour les clients.
JDF : Avez‑vous quelques exemples à nous partager ?
I.G. : Par exemple, nous proposons une Citroën ë‑C3 avec un coût total de possession inférieur de 25 euros par mois par rapport à son équivalent thermique. Je peux également mettre en avant le Peugeot e‑3008 qui est 85 euros moins cher. Ce label e‑Move trouve un écho favorable auprès de nos clients, qui peuvent ainsi se lancer dans leur transition énergétique sans renoncer à la performance économique.
Tous les acteurs de la filière sont sous une forte pression au niveau des buy back
JDF : En parlant d’offres attractives, proposez‑vous de la LLD VO, censée être moins chère ?
I.G. : Oui, c’est encore un petit marché, nous l’exploitons très peu chez Leasys. Il s’agit clairement d’un axe de développement dans la mesure où les prix sur le marché du VO ont fortement baissé ces dernières années. Cela met beaucoup de pression sur l’ensemble des acteurs de la filière, que ce soient les constructeurs, les distributeurs, les loueurs… Tout le monde est sous une forte pression au niveau des buy back. Toutes les initiatives qui nous permettent d’affronter cette complexité sont les bienvenues. La LLD VO en est une.
La mettre en place n’est pas simple car il faut arriver à proposer des VO qui soient, pour le client final, moins chers que des neufs. C’est moins évident qu’il n’y paraît sur des loyers. Quand vous louez un véhicule neuf, vous bénéficiez de remises faites par le constructeur et d’aides à l’électrification comme les CEE. Ces incentives n’existent pas sur l’occasion. Pour densifier notre offre de LLD VO, nous aurions vraiment besoin d’avoir des bonus à l’électrification sur la seconde main. Cela nous permettrait d’avoir des propositions plus attractives pour nos clients.
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