TRIBUNE – Gilles Aubry, du cabinet Nova MS, alerte sur une réalité que trop de professionnels refusent encore de voir en face : dans le commerce VO, la marge se construit à l’achat, mais la rentabilité se protège sur la conformité. Combien d’amendes à six chiffres faudra-t-il encore pour que le secteur se réveille ?
Gilles Aubry, dirigeant du cabinet Nova MS. ©Nova MS
Dans le commerce de voitures d’occasion, tout le monde le sait : la marge se construit à l’achat. Mais voilà ce qu’on oublie trop souvent : la rentabilité se protège sur la conformité. Et sur ce terrain-là, une grande partie de la profession joue encore avec le feu.
Le consumérisme n’est pas un concept fumeux de juristes parisiens. C’est une mécanique opérationnelle implacable, faite de preuves, d’informations loyales et de process reproductibles. La DGCCRF, qui relève du ministère de l’Économie, ne plaisante pas : protection du consommateur, loyauté des pratiques commerciales, transparence des prix. À défaut de respecter ces règles, les amendes tombent. Et elles peuvent atteindre six chiffres. Attention danger.
Alors pourquoi tant de professionnels continuent-ils de naviguer à vue, entre approximations et “on verra bien” ? Parce qu’on croit encore que le consumérisme, c’est pour les autres. Jusqu’au jour où ça frappe à la porte.
L’entrée en stock, ce moment où tout se joue… ou se perd
Dès qu’un véhicule d’occasion entre dans votre stock, le compte à rebours commence. Votre offre n’est pas juste un produit : c’est un dossier de preuves. Et si ce dossier est bancal, vous êtes déjà en terrain miné.
Commençons par l’identité du véhicule. VIN, cohérence documentaire, historique disponible, double des clés, carnets et factures. Ça paraît basique ? Pourtant, combien de voitures d’occasion sont encore mises en vente avec un dossier troué comme un gruyère ?
Ensuite, le kilométrage. La cohérence mécanique et documentaire n’est pas négociable. Un doute subsiste ? Votre annonce et vos documents doivent afficher une prudence absolue. Exemple concret : sans documents d’entretien au dossier, vous ne pouvez pas garantir le kilométrage. Point final.
Vient ensuite l’état réel du véhicule. Relevé d’état daté, photos d’entrée, rapport de préparation sont indispensables. Vous vendez une voiture d’occasion “comme neuve” avec trois rayures au pare-chocs et un pneu limite ? Préparez-vous à justifier cette “parfaite cohérence” devant un client mécontent… et potentiellement devant la DGCCRF.
Enfin, le contrôle technique. Obligation légale pour les véhicules de plus de 4 ans, certes, mais attention au timing : le CT doit être fait à la mise en vente, avant le bon de commande. Seule la date prouve sa présentation au client. Pas de CT valide au moment de la signature ? Vous êtes hors-la-loi.
L’objectif de tout cela ? Pouvoir démontrer la transparence et la cohérence de vos déclarations, surtout si un litige survient plusieurs semaines après. Parce que oui, cela arrivera.
Trois sources d’information s’avèrent incontournables pour construire un dossier en béton. Il y a d’abord l’ancien propriétaire qui constitue une première mine d’or. Puis viennent les outils de vérification et traçabilité (VHR) comme Autorigin, Carvertical et Autoviza qu’il ne faut pas hésiter à consulter. Enfin, pour les véhicules électriques, le recours au certificat de SOH (état de santé de la batterie) édité par Moba, Aviloo et consorts doit s’installer comme un réflexe. De toute manière, s’ils ne sont pas encore obligatoires, ils le deviendront. Autant prendre de l’avance.
Toutes ces informations doivent être insérées au dossier pour tout contrôle. Pas dans un coin de serveur, pas “quelque part dans l’atelier“. Au dossier.
Les informations en ligne, ce champ de mines que personne ne surveille
Voici une règle d’or que trop de concessions violent chaque jour : les informations sur la voiture d’occasion doivent être strictement identiques en ligne et sur le parc. Mêmes infos, mêmes réserves, mêmes garanties affichées.
Les pièges à éviter absolument sont nombreux. Commençons par le prix. Vous changez le tarif sur Internet ? Il doit changer immédiatement sur le parc. Pas de latence. Pas de “on mettra à jour demain”. La DGCCRF ne tolère aucun décalage. L’étiquetage physique doit être clair. Pas d’ambiguïté, pas d’à-peu-près. Il doit être affiché TTC uniquement, avec une cohérence stricte entre l’affichage physique, l’annonce en ligne, le bon de commande et la facture. Un seul écart, et vous êtes attaquable.
Le deuxième piège est tendu par les photos. Vous vendez cette voiture précise, pas un modèle générique. Fini les mentions “photo non contractuelle” quand vous montrez un autre véhicule. C’est une pratique trompeuse, point final.
Troisième piège : les accroches commerciales. Des formules telles que “comme neuf”, “zéro défaut” ou “garantie constructeur” doivent être parfaitement justifiables. Sinon, vous engagez votre responsabilité sur une promesse que vous ne pourrez pas tenir.

©AdobeStock
Ce qui amène au quatrième piège qui attend les distributeurs : les finitions, équipements et options. La liste doit être claire et précise. Pas d’équipements “à confirmer”. Une attention particulière s’impose pour les véhicules importés dont les finitions ne correspondent pas toujours aux standards français.
Une annonce imprécise n’est pas qu’un risque d’insatisfaction client. C’est un risque de contestation sur le consentement. Et donc, à terme, une amende de la DGCCRF.
La facture est salée, le réveil sera brutal
On pourrait ajouter d’autres alertes essentielles : les échanges et négociations avec le client, l’engagement documentaire, la livraison et ses implications, l’engagement post-livraison… Mais le message est déjà clair.
La question reste de savoir si vos équipes vendent-elles “juste” ? Elles doivent être formées et sensibles aux règles d’hygiène du consumérisme. Parce que ces alertes ne valent rien si elles ne sont comprises et appliquées par le commerce, la préparation et la direction.
Le consumérisme n’est pas une contrainte administrative de plus. C’est une protection pour votre rentabilité autant que pour vos clients. Ignorer ces règles, c’est jouer à la roulette russe avec votre trésorerie. Les amendes tombent. Les litiges s’accumulent. Les clients particuliers connaissent leurs droits. Mais vous, revendeurs de voitures d’occasion, connaissez-vous vos obligations ?
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