Guerre en Iran : pourquoi certains distributeurs vont subir la hausse de l’énergie

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Le Journal de l’Automobile : Dans quelle mesure la guerre en Iran peut impacter le prix de l’énergie en France pour les distributeurs ?

Alexandre Beaufils : Aujourd’hui, la situation géopolitique peut perturber la distribution de pétrole et de gaz naturel liquéfié (GNL), notamment issus des productions qataries. Environ 20 % de la production mondiale d’énergie fossile, notamment de GNL, transite par cette région. Le fait que le détroit d’Ormuz soit toujours bloqué pénalise fortement l’approvisionnement et le transport de ces deux matières premières. Cela impacte directement les marchés, avec une disponibilité qui se réduit pour ces ressources.

 

J.A. : Peut-on déjà mesurer l’impact de la crise sur le prix de l’énergie ?

A.B. : Le marché du gaz va être fortement impacté, notamment à court terme, c’est-à-dire en 2026 et au premier semestre 2027. En revanche, nous ne constatons pas de forte évolution des prix pour les années suivantes, entre 2028 et 2030.

Pour vous donner une idée pour le gaz : avant le 2 mars 2026, le prix spot de l’énergie (un prix de marché, et non celui vendu aux distributeurs) était de 30,46 euros le MWh. À partir du 4 mars, ce prix a grimpé à 44,01 euros le MWh.

Aujourd’hui, un distributeur automobile ou un client professionnel qui a besoin d’acheter du gaz pour  l’année 2026, parce que ses contrats arrivent à échéance, aura comme indice de référence celui auquel les fournisseurs ont acheté leur gaz, soit 44,01 euros le MWh.

Pour le premier semestre 2027, les fournisseurs achetaient le MWh à 26,26 euros fin février 2026. Depuis le 4 mars 2026, il vaut 29,50 euros. Nous observons donc une augmentation significative sur 2026 et un peu plus mesurée en 2027. Pour les années suivantes, la variation se limite à quelques dizaines de centimes d’euro, ce qui reste relativement anecdotique..

 

J.A. : Cette hausse du prix aura donc des conséquences négatives sur le coût de l’énergie des distributeurs ?

A.B. : Tout dépend de la “deadline” de contractualisation mise en place par les distributeurs. Si ce dernier n’a pas anticipé ses achats et voit son contrat de gaz arriver à échéance cette année, il sera contraint d’acheter sur les prix de 2026 qui subissent une forte augmentation. Cela peut avoir une résonance assez significative sur ses factures.

 

Pour l’électricité en tant que telle, il n’y a pas d’effet aussi flagrant. Les prix d’achat sur 2026 et fin 2027 se situaient aux alentours de 27,43 euros fin février 2026. Aujourd’hui, nous avons des prix qui tournent autour de 32,93 euros. C’est tout de même une augmentation d’environ 20 % à cause du conflit.

 

Même si nous avons une disponibilité avec une production électrique correcte et sécurisée en France, nous avons une indexation qui se fait sur le gaz. Donc, si vous avez le marché du gaz qui flambe, vous avez une électricité qui augmente également. C’est ce qu’on a connu aussi pendant la guerre en Ukraine.

 

Si le marché du gaz flambe, l’électricité augmente aussi

 

J.A. : Justement, quelles sont les différences entre cette guerre en Iran et l’invasion de l’Ukraine en 2022 ? L’impact sera-t-il similaire pour les distributeurs ?

A.B. : Je ne l’espère pas ! Mais ce que nous vivons aujourd’hui est différent. En 2022, il y avait une accumulation de problématiques. La guerre en Ukraine a engendré une diminution drastique de l’approvisionnement en gaz. Ça, c’est l’élément que nous pourrions rapprocher de la fermeture du détroit d’Ormuz aujourd’hui, et donc du manque de livraison de GNL.

 

En revanche, à l’époque s’est ajoutée à cela la découverte de corrosion au niveau de nos centrales nucléaires françaises. Ce qui a été un facteur aggravant. Cette défaillance a conduit à l’arrêt de certaines d’entre elles et à la réduction de la production pour d’autres, pour réaliser de la maintenance. L’électricité étant indexée sur le gaz, son prix a également considérablement augmenté et, en parallèle, nos unités de production produisaient moins. 

 

Aujourd’hui, en ce qui concerne la crise en Iran, il y a effectivement la fermeture du détroit d’Ormuz. Mais nous n’avons pas de problématiques sur nos unités de production. Nous aurons donc une augmentation liée au manque de produits fossiles, mais elle ne devrait pas être aussi spectaculaire que celle que nous avons connue en 2022…

 

J.A. : Quelles seraient les conséquences si le blocage du détroit d’Ormuz se prolongeait ?

A.B. : La situation serait plus complexe. Dans un contexte de reprise économique globale, en particulier en Chine, il y aura de forts besoins en énergie fossile.

 

Quand vous fermez un robinet pendant une semaine, l’impact peut être minime. En revanche, si vous le laissez fermé pendant deux mois, les produits vont se raréfier. Même si la vanne se rouvre, le temps que le commerce se remette en place, vous allez avoir une détente qui va être relativement longue.

 

Les réserves européennes en GNL sont plutôt bonnes, avec une diversification de l’approvisionnement. Maintenant, quand vous avez 20 % de la production à l’arrêt, même si vous avez une diversification de vos sources d’approvisionnement, au bout de trois semaines, l’impact sera non négligeable.

 

D’autant que sur les mois de mars, avril et mai, nous reconstituons les stocks de gaz pour l’hiver futur.

 

J.A. : Quels sont les cas de figure pour les distributeurs actuellement ?

A.B. : Pour les distributeurs, d’expérience, il y a deux cas de figure.

 

Dans le premier cas, le distributeur qui a malheureusement son contrat qui arrive à échéance en 2026 et qui n’a pas anticipé va subir de plein fouet l’augmentation du gaz et, dans une moindre mesure, celle de l’électricité.

 

Deuxième cas de figure : les distributeurs engagés jusqu’à fin 2027, voire début 2028, qui sont désireux d’anticiper les achats et de sécuriser 2029-2030, années non impactées pour le moment par l’augmentation liée à la crise et à la guerre. La plupart l’ont fait, mais pas tous malheureusement.

 

À ce jour, la chose à faire s’ils n’ont pas anticipé est de se rapprocher de leur conseiller, comme Alliance des Énergies, pour pouvoir avoir une stratégie d’achat la plus cohérente possible. Pour les années qui arrivent, donc 2027, s’ils souscrivent en 2026, nous leur préconisons de partir sur un contrat d’un an, afin qu’ils puissent, au moment où les marchés rebaisseront, renégocier leur contrat. Une contractualisation certes plus onéreuse, mais au moins plus flexible. Il vaut mieux se couper un doigt plutôt qu’un bras. Mais c’est un peu la seule solution.

 

Vous ne pouvez pas demander à un distributeur de moins consommer de gaz ou d’électricité, en particulier dans un contexte où l’électrification des usages augmente.

 

Pour le gaz, c’est pareil. Aujourd’hui, vous avez des distributeurs qui utilisent le gaz soit pour la partie chauffage, soit pour la partie carrosserie. S’ils réduisent leur consommation de gaz, ils ont moins d’activité, donc moins de chiffre d’affaires.

 

Il vaut mieux se couper un doigt plutôt qu’un bras

 

J.A. : Quelle est la part de vos clients qui n’ont pas anticipé et, hors temps de crise, que préconisez-vous ?

A.B. : Environ 15 % de nos clients n’ont pas anticipé, ce qui reste une part minoritaire sur les clients que nous avons en portefeuille et que nous accompagnons déjà depuis longtemps. Pour nos nouveaux clients, il peut y avoir un caractère plus urgent de les aider à renégocier leur contrat.

 

Dans un contexte standard, nous préconisons aux distributeurs d’anticiper sur le long terme, en particulier avec l’électrification d’un certain nombre d’usages. Certaines marques demandent aux distributeurs d’ajouter des bornes de recharge sur leur site.

 

La consommation des distributeurs est de plus en plus gourmande en électricité. Il devient donc important pour eux d’avoir un prix d’achat relativement bon sur du long terme, de manière à pouvoir construire leur bilan prévisionnel avec un prix d’achat maîtrisé et connu, et limiter l’impact de crises éventuelles, comme celle-ci.

 

J.A. : Quelles sont vos prévisions de l’évolution du prix de l’énergie ? 

A.B. : Si la crise continue, le prix du gaz poursuivra son augmentation, c’est une certitude. De plus, la baisse ne sera pas aussi rapide que la montée, et c’est un point important.

 

D’autre part, si nous nous retrouvons dans une situation météorologique compliquée, la consommation va augmenter et nous risquons d’être un peu sur le fil.

 

Mais, pour le moment, nous sommes au tout début des événements et tout peut s’arrêter du jour au lendemain avec l’ouverture du détroit, ou, à l’inverse, connaître une nouvelle escalade avec des éléments qui pourraient s’additionner, comme on l’a connu lors de l’invasion de l’Ukraine.

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