Karim Hamadache, président du GAAP : “Peugeot ne pourra pas se mettre en mode reconquête sans son réseau d’agents”

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Le Journal de l’Automobile : Vous avez été élu président du GAAP le 22 novembre 2025, comment se passe votre prise de poste ? Des changements sont-ils à prévoir dans l’organisation du groupement ?

Karim Hamadache : Aujourd’hui, nous nous inscrivons dans la continuité. Je suis au groupement depuis 18 ans et vice-président depuis quelques années. Il n’y a pas de nécessité de rupture. Nous sommes dans un groupement qui a été relativement actif sous le mandat de Florence Gete (ex-présidente du GAAP, ndlr) et nous allons nous appuyer sur tout ce qui a été fait ces dernières années. Elle a fait un travail formidable et nous partons déjà bien structurés. Le GAAP est un groupement écouté et consulté aujourd’hui.

 

 

J.A. : Combien d’adhérents compte aujourd’hui le GAAP et combien d’agents composent plus largement le réseau Peugeot ? Par rapport à l’année dernière, avez-vous constaté une baisse ?

K.H. : En règle générale, quand on est adhérent du GAAP, on le reste. Nous avons un nombre d’adhérents assez stable, qui tourne autour de 1 000 au niveau du groupement Peugeot. En revanche, en matière de représentativité, nous prenons de l’importance parce que le nombre d’agents dans le réseau commence à baisser. Cette érosion reste assez forte, puisque nous dénombrons en 2025 près de 1 680 agents en France. En comparaison, en 2018, on en comptait environ 2 200.

 

Cette baisse est en partie due à la pyramide des âges et demeure un sujet de préoccupation pour les cinq prochaines années. Mais c’est aussi une question de lassitude. Les tumultes sur les modèles de la marque, notamment sur le moteur 1.2L PureTech, ont fait des dégâts. En 2023, en tant que vice-président du groupement, avec Florence Gete, nous avons été acteurs du nouveau contrat de réparateur agréé, et cela a bousculé le réseau à cette période-là. La réflexion autour des modèles économiques des retailers a tracassé beaucoup de monde.

 

Le GAAP est un groupement écouté et consulté aujourd’hui

 

J.A. : Ces tumultes que vous évoquez ont-ils encore un impact sur les agents Peugeot ?

K.H. : Il y a un impact d’image, c’est certain. Mais précisons que, sur les problèmes liés au moteur PureTech, le réseau a fait le travail de manière exemplaire dans la prise en charge client. Nous avons essuyé les plâtres et aujourd’hui, des solutions techniques ont été mises en place et sont opérationnelles.

 

Désormais, un client qui entre avec un PureTech ne fait plus peur au réseau. Nous avions besoin que le constructeur nous accompagne, et c’est ce qu’il a fait, avec des extensions de prise en charge allant jusqu’à dix ans et 180 000 km, et jusqu’à dix ans et 240 000 km pour certaines motorisations diesel, notamment sur la DV5 à chaîne. Peu de réseaux accompagnent autant leurs clients. Cela a été long à se mettre en place, mais aujourd’hui, nous y sommes, et c’est plutôt rassurant. C’est pour cela qu’il est plus facile d’être président du GAAP en 2026 qu’en 2023 (il sourit).

 

En matière de rassurance, il reste toutefois des choses à faire, notamment sur la garantie huit ans. Sur ce point, nous sommes en échange avec le constructeur. Stellantis lance en Espagne, en Belgique et en France un programme de garantie huit ans pour les marques Peugeot et Citroën. Les véhicules sont garantis huit ans, sous réserve que le client réalise son entretien dans le réseau, avec une prolongation d’un an à chaque révision.

 

C’est un excellent programme. Nous collaborons avec la marque sur sa mise en place, mais il faut que la rentabilité pour le réseau soit correcte. Ce programme implique beaucoup de choses et les enjeux pour la marque sont importants. Rien n’est gagné, mais c’est en bonne voie.

 

J.A. : Au sein du GAAP, quel travail doit être fourni pour limiter cette érosion ?

K.H. : Le groupement des agents est un interlocuteur de la marque dans les échanges sur les politiques commerciales à adopter et un relais pour proposer des services à l’agent, qu’ils soient techniques, commerciaux ou organisationnels. Le volet RH en fait partie, non seulement sur la pyramide des âges, mais aussi sur les difficultés de recrutement dans l’industrie automobile.

 

Nous nous attelons énormément à ce projet RH, que ce soit par le biais de la formation, de la reconversion ou encore de l’optimisation de l’outil de travail. On ne forme plus les nouvelles générations de mécaniciens comme avant. Nous essayons de trouver des leviers avec nos partenaires existants, comme Mobipolis, et je pense qu’il y a une vraie carte à jouer en transformant leurs cursus de formation. Il faut être au plus près des attentes du réseau, qui recrute énormément.

 

 

J.A. : Qu’en est-il des volumes de vente et des entrées en après-vente dans le réseau d’agents Peugeot ?

K.H. : Le réseau d’agents, c’est une entrée de véhicule sur deux, une pièce sur deux vendue par le constructeur, un pneumatique sur deux dans le réseau secondaire… Les agents représentent 50 % du marché avec de “petites structures“. C’est factuel et ça n’a jamais bougé.

 

L’intermédiation par les agents Peugeot représente près de 25 %, soit une vente sur quatre. À une certaine époque, c’était une vente sur trois. Nous constatons une baisse, mais d’ici la fin de l’année, nous pensons être entre 23 % et 25 %.

 

Ce qui est différenciant par rapport à d’autres réseaux d’agents, c’est que nous avons trois contrats différents : un contrat de réparateur agréé, en lien direct avec la marque, un contrat d’achat avec les plaques de distribution de pièces, et un contrat d’intermédiation de vente de véhicules avec un distributeur local. C’est une spécificité du groupe Stellantis.

 

Les agents représentent 50 % du marché avec de “petites structures”

 

J.A. : Quels sont les projets que vous souhaitez mettre en place au sein du GAAP ? Des partenariats sont-ils prévus ?

K.H. : Nous sommes des acteurs incontournables de l’écosystème automobile. Le travail réalisé ces dernières années a permis de légitimer le réseau d’agents. Aujourd’hui, nous allons pouvoir déployer notre savoir-faire : la proximité, qu’elle soit géographique ou relationnelle avec les clients. C’est notre point fort.

 

Pour cela, il faut utiliser notre technicité et notre polyvalence. Nous sommes capables de travailler sur des véhicules plus âgés comme sur des véhicules électriques ou hybrides. Mais les modèles que nous traitons ont en moyenne huit ans. Chez les concessionnaires, l’âge moyen est de quatre ans. Pour rappel, le parc automobile a une moyenne d’âge de 12 ans, ce qui représente 40 millions de véhicules, dont 95 % sont thermiques.

 

Avec le vieillissement du parc, nous sommes les mieux placés. Dans quelle profession a-t-on entre 8 et 10 ans de visibilité ? Nous avons une visibilité à long terme et il faut s’attaquer au futur avec tous les outils et les qualités que nous avons. J’ai une grande confiance dans le réseau d’agents.

 

J.A. : Quelle relation entretenez-vous avec Peugeot et les distributeurs ? Quels sont les enjeux à venir pour le GAAP et comment comptez-vous y répondre ?

K.H. : Le départ de Carlos Tavares (ex-directeur général de Stellantis, ndlr) a changé la relation avec la marque. Quand vous réalisez une vente sur quatre, ça pèse. Désormais, il faut simplement que nos collègues se rendent compte de la place que le réseau occupe. À partir de là, nous allons pouvoir déployer une véritable synergie avec la marque, et c’est ce que nous souhaitons.

 

Peugeot ne pourra pas se mettre en mode reconquête sans le réseau d’agents. Nous avons tous le même objectif et, comme le constructeur, nous sommes en mode attaque. Les sujets qui fâchent sont derrière nous. Aujourd’hui, nous sommes en plein échange sur les politiques commerciales de 2026 et nous avons une oreille attentive pour discuter de ces sujets.

 

Pour regarder dans le rétroviseur, je pense que Peugeot a conscience des difficultés qu’elle a rencontrées, mais elle a aussi conscience que les premiers à parler aux clients, c’est son réseau, qu’il soit agent ou concessionnaire. Il y a une confiance de la marque et c’est pour cela qu’il n’y a pas de distorsion entre le réseau primaire et le réseau secondaire.

 

Tout le monde a en tête les notions de pérennité et de rentabilité des affaires, et cela n’est possible qu’avec le réseau et un partage de la valeur équitable. Ce n’est pas un discours angélique : il faut que cette rentabilité soit réellement équitable, et nous veillons à ce qu’elle le soit.

 

Il y a eu une crise de confiance et nous devons retrouver cette confiance, car nous avons une belle marque de plus de 100 ans, avec une place importante dans l’esprit des clients. Elle a été écornée, mais maintenant, il faut se remettre en marche. Nous avons les solutions techniques, il faut donc avancer.

 

 

J.A. : Comment percevez-vous le rôle de l’agent dans un secteur automobile en pleine mutation ?

K.H. : Même en se projetant plus loin dans le temps, l’électrique ne progresse pas aussi vite qu’anticipé. La notion de vieillissement du parc nous laisse une belle part en entretien et nous donne un peu de temps. Nous pouvons donc regarder l’avenir sereinement.

 

En revanche, nous devons nous former, car les habitudes vont changer. Les passages à l’atelier ne seront plus les mêmes et nous risquons de changer de catégories de produits. Il faudra être plus attentif au pneumatique, à la carrosserie, au vitrage… Autant de domaines où nous n’étions pas toujours les meilleurs, parce que le véhicule électrique va nous retirer certaines tâches.

 

Il y a néanmoins un levier à saisir dès à présent en tant qu’agent : le véhicule d’occasion. C’est un domaine que nous développons et sur lequel nous accompagnons l’agent avec du financement, de la réassurance, du sourcing et des partenariats avec des annonceurs.

 

Pour nous, le schéma de pensée est simple : pour réparer des voitures, il faut les mettre sur la route. Et pour cela, il ne faut plus attendre que le concessionnaire le fasse. Nous devons prendre l’initiative. Nous devenons des garagistes multicasquettes. Il faut entrer dans l’ère de la mobilité avec tout ce qui va autour, et tout le monde l’a bien compris.

 

Il y a eu une crise de confiance et nous devons retrouver cette confiance, car nous avons une belle marque de plus de 100 ans, avec une place importante dans l’esprit des clients

 

J.A. : Les agents diversifient de plus en plus leurs activités. Comment voyez-vous cette évolution ? Comment un agent peut-il bien s’adapter ?

K.H. :  Selon moi, la proximité est l’axe sur lequel nous devons nous développer, et c’est notre atout majeur. Il ne s’agit pas uniquement d’une proximité géographique. Aujourd’hui, un agent connaît la voiture de la grand-mère, celle du père qui devient celle du fils et qui a servi à toute la famille pour passer le permis…

 

Nous avons une vraie force là-dessus, et c’est cela le marché contemporain. Avec Florence Gete, nous avons “flairé” ce marché il y a quelques années en observant la grande distribution. Lorsque les hypermarchés ont connu des difficultés, les marchés locaux et les formats de proximité sont restés à flot.

 

Sur ce modèle, le GAAP a lancé, il y a quatre ans, le label Peugeot Proximity, à l’image de ce qu’a pu faire la grande distribution. C’est le bon format, selon moi. Cela ne veut pas dire qu’il faut se couper de la digitalisation… au contraire. Le commerce de proximité n’est pas isolé, et les agences doivent faire de même et rester agiles. Nous avons de petits bateaux qui manœuvrent très bien, surtout dans les tempêtes.

 

 

J.A. : Les volumes de ventes de véhicules neufs sont actuellement très bas. De quelle manière cela impacte-t-il les agents ?

K.H. : Nous ne retrouverons pas les volumes de 2019, ou alors ce sera très compliqué. Il faudra donc mettre des voitures sur la route, qu’elles soient neuves ou d’occasion, et en tant qu’agents, nous devons participer davantage à l’aspect commercial.

 

Ensuite, pour accompagner le vieillissement du parc, nous avons déjà les qualités et les compétences nécessaires, mais il faudra se renforcer. Nous disposons de solutions prédictives avec des partenaires, qui nous permettent de communiquer régulièrement avec les clients. Nous avons également mis en place des formations adaptées et du coaching pour pallier l’érosion du réseau et s’adapter au parc automobile du futur.

 

Aujourd’hui, il faut mettre notre outil de production à plein régime afin de traiter un parc plus large. Si le “camembert” se réduit, nous ne devons pas nous contenter de la seule part Peugeot.

 

J’ai confiance en l’avenir, malgré les turbulences, car le modèle agent est bon. La moyenne d’âge des véhicules qui passent à l’atelier est de huit ans, mais il faut pousser cette moyenne jusqu’à dix ans. Nous ne sommes pas en phase de reconquête ou de conquête, mais bien en phase de fidélisation. C’est là que nous devrons être au meilleur niveau dans les années à venir pour compenser le manque d’immatriculations. C’est l’âge du parc qui nous guide.

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