En 2024, en marge du salon de Pékin, Dongfeng ouvrait les portes de son usine à Wuhan et fait découvrir la marque premium Voyah. “Le rêve de Voyah serait d’être importé par le groupe Stellantis et d’être distribué dans les concessions du réseau”, expliquait alors au Journal de l’Automobile un spécialiste de la stratégie des constructeurs chinois.
Le rêve est devenu réalité ce 20 mai 2026. Après Leapmotor, Stellantis poursuit sa stratégie d’ouverture aux constructeurs chinois. Le groupe dirigé par Antonio Filosa vient d’officialiser son intention de créer une nouvelle coentreprise avec Dongfeng afin de développer en Europe les activités de vente, distribution, production, achats et ingénierie de véhicules électriques du constructeur chinois. Un projet qui rappelle fortement le modèle déjà mis en place avec Leapmotor… et qui pourrait accélérer l’arrivée de nouvelles marques chinoises dans les réseaux européens.
Selon le protocole d’accord signé entre les deux partenaires, la future société commune serait détenue à 51 % par Stellantis et à 49 % par Dongfeng. Basée en Europe et pilotée par Stellantis, elle aurait pour mission de distribuer les modèles électriques premium de la marque Voyah sur plusieurs marchés européens ciblés.
Stellantis reproduit la recette Leapmotor
Cette annonce s’inscrit dans une stratégie désormais bien identifiée chez Stellantis. Après avoir pris 21 % du capital de Leapmotor en 2023 et créé la coentreprise Leapmotor International, détenue à 51 % par le constructeur européen, Stellantis applique une mécanique comparable avec Dongfeng.
Dans les deux cas, le groupe met à disposition son réseau de distribution, son infrastructure logistique et son expertise après-vente pour permettre à des marques chinoises d’accélérer leur implantation en Europe. La différence réside toutefois dans le périmètre de la nouvelle JV avec Dongfeng, qui dépasse dès sa création la seule commercialisation.
“Cette coopération répond également aux besoins de développement des deux actionnaires. Grâce à une coordination accrue en matière de technologies, de marques et de marchés mondiaux, elle permettra de libérer davantage de valeur au sein de la coentreprise, d’accélérer l’expansion internationale de Dongfeng et de soutenir l’évolution stratégique mondiale de Stellantis, ainsi que sa présence en Chine”, indique Qing YANG, président de Dongfeng
Outre les activités de vente et de distribution, la future entité intégrera également des fonctions d’achats et d’ingénierie. L’objectif est clairement de tirer parti de l’écosystème chinois des véhicules électriques, reconnu pour sa compétitivité en matière de batteries, logiciels et coûts de production.
Voyah veut accélérer en Europe
La nouvelle coentreprise serait responsable des ventes et de la distribution des véhicules électriques Voyah sur les marchés européens concernés. Dongfeng précise toutefois que ce projet ne remet pas en cause le système de distribution déjà existant de la marque en Europe.
Présente depuis plusieurs années sur certains marchés européens, Voyah s’appuie aujourd’hui sur des importateurs indépendants et des groupes de distribution locaux. Mais la marque ne dispose pas encore d’un réseau. Les distributeurs Stellantis en Europe seront le point d’entrée.
Cette coexistence entre distributeurs historiques et nouvelle organisation pilotée par Stellantis pourrait conduire à une redistribution progressive des cartes dans certains pays européens.
Une production localisée dans l’usine de Rennes
L’autre enseignement majeur de l’annonce concerne la possible localisation de l’assemblage de modèles Dongfeng en Europe. Les partenaires étudient en effet la production de véhicules électriques Dongfeng dans l’usine Stellantis de Rennes. Le site ne produit actuellement que le Citroën C5 Aircross. Ce qui peut représenter un risque majeur pour l’avenir de l’usine.
Au début du mois de mai, le groupe automobile a également ouvert les portes de ses usines à Leapmotor. Le partenaire chinois produirait dès 2026 son SUV électrique B10 dans l’usine de Saragosse. Mais surtout, Stellantis prévoit d’y assembler à partir de 2028 un nouveau SUV électrique Opel développé avec l’appui technologique du partenaire chinois. Stellantis explique que ce futur modèle Opel intégrerait des composants issus de l’écosystème Leapmotor “hautement compétitifs”, afin de rendre le véhicule “plus accessible pour les clients européens”.
L’usine de Madrid deviendrait même la propriété de la filiale espagnole de Leapmotor International (LPMI), codétenue par les deux constructeurs.
Cette perspective répond directement aux exigences croissantes du “Made in Europe”, alors que Bruxelles multiplie les mesures visant à limiter la dépendance aux importations chinoises et à encourager la production locale de véhicules électriques.
Une coopération historique qui change de dimension
Stellantis et Dongfeng collaborent depuis plus de trente ans à travers leur coentreprise chinoise DPCA (Dongfeng Peugeot Citroën Automobile). Les deux groupes ont récemment annoncé un renforcement de cette JV historique avec la production future de modèles Peugeot et Jeep électriques dans l’usine de Wuhan, à partir de 2027, pour le marché chinois mais aussi pour l’exportation.
Depuis sa création, DPCA a produit plus de 6,5 millions de véhicules Peugeot et Citroën en Chine.
“Les projets annoncés aujourd’hui donnent une nouvelle dimension à notre coopération récemment renforcée avec Dongfeng”, a déclaré Antonio Filosa, CEO de Stellantis. “Nous offrirons à nos clients un choix encore plus large de produits compétitifs et de prix attractifs.”
Avec cette nouvelle alliance, Stellantis confirme surtout son positionnement singulier parmi les constructeurs européens : plutôt que de tenter de freiner l’offensive chinoise, le groupe choisit d’en devenir l’un des principaux facilitateurs sur le continent.
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