C’est bien connu, la principale qualité de Donald Trump n’est pas la patience. Après un premier combat sur les droits de douane les États-Unis et l’Europe étaient tombés d’accord pour limiter à 15 % les taxes sur les voitures européennes partant outre-Atlantique.
En échange, l’UE s’était engagée à supprimer la plupart de ses propres droits de douane sur les produits américains entrant sur son sol. Le processus de validation de cet accord n’est pas encore arrivé à son terme au sein du bloc des 27.
Selon Wendy Cutler, ancienne haute fonctionnaire américaine ayant travaillé sur les négociations commerciales, Donald Trump a “clairement perdu patience”. “Il espère mettre la pression sur Bruxelles pour accélérer ses procédures internes”, a-t-elle estimé auprès de l’AFP.
L’accord n’est pas encore mis en œuvre
L’Union “met en œuvre les engagements pris” avec Washington “conformément aux pratiques législatives habituelles, en tenant le gouvernement américain pleinement informé tout au long du processus”, a réagi sa délégation à Washington, sollicitée par l’AFP.
Si les États-Unis ne respectent pas leur part de l’accord, a-t-elle ajouté, “nous garderons toutes les options ouvertes pour protéger les intérêts de l’UE”.
Les députés européens ont donné fin mars leur feu vert à la mise en œuvre de l’accord commercial. Ils l’ont assorti de multiples conditions pour dénoncer son caractère selon eux déséquilibré et montrer leur extrême méfiance envers le président américain. C’est maintenant aux États membres de se prononcer.
BMW et Mercedes dans le collimateur
L’automobile européenne, essentiellement allemande, semble donc être un levier comme un autre pour obtenir un “deal” comme aime à le dire Donald Trump.
Dans un message publié sur sa plateforme Truth Social, il se dit “ravi” de prendre cette nouvelle mesure de défiance à l’égard d’un de ses principaux partenaires commerciaux.
“Il est clairement entendu et convenu que, s’ils produisent des voitures et des camions dans des usines situées aux États-Unis, AUCUN DROIT DE DOUANE ne sera appliqué”, ajoute le président.
BMW a exporté pour 9 milliards de véhicules des États-Unis en 2025
Quelques heures après son message sur Truth Social, lors d’un événement en Floride, il a déclaré avoir “informé le très beau pays qu’est l’Allemagne” de sa décision, en accusant les Mercedes et BMW d’avoir “dépouillé” les Américains “pendant des années”.
Mais le président américain oublie (sciemment ou pas) que les deux cités, et beaucoup d’autres (VW à Chattanooga dans le Tennessee pour se limiter aux allemands), ont des usines aux États-Unis, BMW en Caroline du Sud et Mercedes à Tuscaloosa, en Alabama. Le site BMW de Spartanburg a produit 412 799 véhicules en 2025 dont plus de 200 000 ont été exportés depuis les États-Unis.
BMW a même été, toujours en 2025, le constructeur qui a le plus exporté (en valeur) depuis les États-Unis avec 9 milliards de dollars. Depuis 2014, le constructeur munichois a exporté plus de 3 millions de véhicules de son usine américaine pour une valeur totale de 113 milliards de dollars.
BMW a même annoncé un investissement de 1,73 milliard d’euros d’ici 2030 pour produire sur le site des modèles électriques. Depuis son ouverture en 1992, le groupe allemand a investi plus de 16 milliards de dollars sur ce site.
Un dossier plus large que l’automobile
La VDA, l’association des allemands, a tenu son rôle dans un communiqué transmis à l’AFP après les déclarations de Donald Trump. Son président Hildegard Müller a indiqué que ces annonces entraîneraient des “coûts énormes pour l’industrie automobile allemande et européenne, déjà confrontée à des conditions très difficiles.”
Il a raison mais le cas de l’automobile, encore une fois essentiellement allemande, ne sera pas réglé seul. Le conflit en Iran, l’Otan, les bases militaires américaines en Allemagne, etc. le dossier va bien au-delà de l’automobile.
Après que le Chancelier Merz a déclaré que “les Américains n’ont visiblement aucune stratégie” en Iran, le Pentagone a annoncé dans la foulée le départ d’ici un an d’environ 5 000 militaires américains d’Allemagne, sur quelque 35 000 déployés dans le pays.
Automobile Magazine – France





















