Le Journal de l’Automobile : Quelle lecture faites-vous de votre situation sur le marché des voitures d’occasion ?
David Sitbon : Jusqu’à présent, les résultats sont très satisfaisants pour Sitbon Automobiles. Je ne saurais pas expliquer la raison de cette dynamique et nous ne versons pas dans l’excès de confiance. Nous constatons que les clients continuent de venir de loin pour finaliser leur achat ou ne serait-ce que dans le but de consulter notre offre soutenue de voitures d’occasion.
J.A. : Que vous laissent entendre vos clients ?
D.S. : Nous sommes visibles sur les sites internet de vérification et notre réputation en ligne est solide. Je pense que nos principaux concurrents sont désormais les acteurs de l’intermédiation entre particuliers et qu’un sentiment de défiance s’est installé vis-à-vis d’enseignes récentes qui font craindre des arnaques. La sécurité devrait se payer plus cher et certainement que les gens le savent en nous choisissant.
J.A. : Compte tenu des réalités du marché, quelles sont les clés de votre métier ?
D.S. : Notre valeur est à l’achat. Elle l’a toujours été, mais certainement jamais autant. Je pense qu’en ce moment, la concurrence entre les enseignes est bien plus forte à cette étape qu’à la revente. Nous pouvons dire que nous y arrivons, mais s’approvisionner en VO est devenu un sport de haut niveau. Le schéma n’a pas évolué, mais il est bien plus exigeant.
Nous avons étudié plusieurs pistes. L’une d’elles consisterait à entrer dans un système de partage de stock avec des confrères
J.A. : Il faut des moyens pour constituer le stock et d’aucuns regrettent la frilosité des banques. Quelle est votre opinion ?
D.S. : Chez nous, le banquier n’est pas chez lui. Nous nous passons des banques car nous avons compris que les indemnités entament de plus en plus la profitabilité du commerce. La rentabilité est déjà bien trop compliquée à atteindre. Nous nous sommes bien structurés pour entretenir un parc de 150 voitures d’occasion, ce qui nous suffit à faire notre activité en toute indépendance.
J.A. : Mais existe-t-il un moyen crédible pour vous de monter un peu plus en régime ?
D.S. : Nous avons étudié plusieurs pistes. L’une d’elles consisterait à entrer dans un système de partage de stock avec des confrères. L’autre nous conduirait à ouvrir un autre point de vente. Cette seconde solution serait une suite logique, mais nous nous accordons le temps de la réflexion car notre entreprise familiale a toujours eu la constance comme vertu.
Le point de vente Sitbon Automobiles est historiquement installé aux abords de Grenoble (38). ©Sitbon Automobiles
J.A. : Quelle ligne de produits vous faut-il dans cette France de 2026 ?
D.S. : En vitrine, Sitbon Automobiles affiche des Porsche. À vrai dire, cela fausse un peu notre image. Les voitures de sport ne représentent qu’un quart de nos ventes et la moitié du chiffre d’affaires. Nous travaillons majoritairement avec des voitures du quotidien. Des exemplaires choisis et préparés avec soin pour les garantir cinq ans sans prendre trop de risque.
J.A. : Sujet de préoccupation de bien des distributeurs, comment travaillez-vous la garantie pour la rendre pérenne ?
D.S. : Nous avons calculé qu’au cours des six dernières années, nous avons rapporté des centaines de milliers d’euros aux garantisseurs traditionnels, notamment en raison d’augmentations des tarifs sans profiter de réelles innovations en retour. Sitbon Automobiles se met donc à l’autogarantie avec la collaboration d’Affinicar. Nous avons compris que la loi nous met en face des responsabilités et nous souhaitons retourner la problématique en argument commercial. À mon sens, Affinicar a de l’avenir s’il s’astreint à travailler uniquement avec des gens sérieux.
J.A. : Vous faites pour ainsi dire partie de la première vague dans le domaine. Quel est votre rapport à l’innovation technologique ?
D.S. : Nous ne sommes pas des fast followers. Nous voulons nous donner le temps d’identifier ce qui vaut la peine. Nous avons un autre combat dans l’immédiat : les infomédiaires.
J.A. : Êtes-vous de ceux qui leur reprochent l’inflation des prix de diffusion ?
D.S. : Nous sommes étouffés par les infomédiaires qui représentent une dépense de 100 000 euros par an. Il s’agit du poste de dépense le plus important chez nous et pourtant, nous ne profitons pas d’un service dédié. Malgré nos alertes, ils ne bougent pas. Or, quand on considère notre dépendance à leur prestation, cela relève du préjudice. Comme tous les distributeurs, nous pouvons le prouver et les choses doivent changer pour améliorer la situation des revendeurs de voitures d’occasion aux marges dangereusement réduites.
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