“Le véhicule autonome ne relève plus de la science-fiction, c’est une réalité. Si l’Europe est en train de se faire distancer, ce n’est pas une fatalité”, lance en préambule d’une table ronde Clément Beaune, haut-commissaire à la Stratégie et au Plan. Le rendez-vous fait suite au rapport dirigé par Thomas Matagne, président fondateur d’Ecov, publié le 11 mai 2026. Pour rappel, ce document tire la sonnette d’alarme sur le retard accumulé par le Vieux Continent au sujet du véhicule autonome.
“Je suis convaincu que nous devons passer à l’action dans un sens concret désormais. Nous devons passer des théories abstraites à une mise en pratique dans nos rues. Nous avons besoin de voir pour agir. Il y a urgence mais il est encore temps”, a martelé Clément Beaune.
Le haut-commissaire n’a pas dissimulé son optimisme sur la conduite automatisée. Toutefois, à ce jour, l’Hexagone ne semble pas attirer les géants américains ni chinois du véhicule autonome. Ces derniers ont en revanche multiplié les annonces sur la signature de partenariats ou le démarrage d’essais en Angleterre, en Allemagne ou encore en Suisse.
S’appuyer sur les forces en présence
Pourtant, réunis à l’occasion d’une table ronde, acteurs publics des transports et spécialistes des véhicules autonomes s’accordent à dire que la réglementation française en la matière compte parmi les plus développées au monde. “La réglementation française est exigeante mais c’est l’une des plus abouties, tient à souligner Benjamin Beaudet, directeur général de Beti, start-up concevant des navettes autonomes. Elle donne du temps pour que nous ayons de vraies réflexions de fond, s’appuyant parfois sur des résultats opérationnels et des expérimentations qui mettent en sécurité l’ensemble des usagers”, ajoute-t-il.
La Californie prévoit de changer sa réglementation en se basant sur les services déjà en place sur son sol. Selon Benjamin Beaudet, la réglementation française est si en avance que les nouvelles normes de l’État américain devraient être très proches de celles existant en France. “Il y a encore des points à régler pour faire en sorte qu’on ait une arrivée opérationnelle calée sur une vision stratégique portée à la fois par les politiques de notre pays et les besoins de nos collectivités, des services et des administrations avec lesquels on collabore”, détaille-t-il.
Ne pas chercher à concurrencer les acteurs établis
Comme le suggère le rapport du haut-commissariat au Plan, il faut changer de perspective en proposant le véhicule autonome en complément du transport public traditionnel. En ce sens, pour les invités à la table ronde, le modèle du robotaxi tel qu’il est appliqué par les principaux acteurs du véhicule autonome n’est pas l’option à privilégier en dépit de ses avantages. “Il faudrait d’ailleurs changer le terme de «robotaxi» pour qualifier les services de véhicules autonomes”, soulève Anne-Marie Idrac, présidente du conseil d’administration de la Sanef, haute-responsable pour la stratégie de développement des véhicules autonomes.
Pour l’ex-ministre des Transports, en matière de véhicules autonomes, il ne s’agit pas de faire du “Made in Europe” mais du “Made with Europe”. “Sur la question de la souveraineté, nous ne pouvons pas faire du Made in Europe sur l’ensemble des dispositifs. Ce qui est important, ce sont les systèmes, soit la supervision, la maintenance et la relation avec les usagers finaux. Ce que peuvent faire les Européens, c’est être des intégrateurs de technologies diverses et variées. Il faut préparer des partenariats qui sont complexes”, souligne Anne-Marie Idrac.
Une prise de conscience au niveau des institutions
Île-de-France Mobilités compte parmi les précurseurs sur le sujet, après plusieurs phases d’expérimentation de la technologie en faisant tourner des bus autonomes en région parisienne. “En réalisant nos essais, nous nous sommes rendu compte que la technologie n’était pas complètement mûre et nous avons refermé le sujet”, explique Laurence Debrincat, directrice Prospective & Études pour IDFM. Si en Allemagne, par exemple, le sujet a du sens du fait de la pénurie de chauffeurs de bus, en France, l’usage de véhicules autonomes peut être remis en question. “Le réseau francilien est déjà bien développé et rajouter cette brique d’autonomie coûterait très cher.”
Un manque de perspective sur le sujet qui a changé au cours des derniers mois avec les diverses annonces de Waymo, Pony.ai ou encore Weride. “Nous réalisons toutefois que le monde a changé. En échangeant avec nos homologues européens, nous nous sommes rendu compte qu’il était grand temps de nous doter d’une stratégie et de définir comment le véhicule autonome peut être utile dans une stratégie de long terme”, détaille Laurence Debrincat.
Des avancées au niveau européen prochainement
Le potentiel de développement du véhicule autonome n’est pas passé inaperçu au niveau des gouvernements. “Nous travaillons sur ce sujet et nous cherchons à simplifier la réglementation pour qu’elle soit adaptée et utilisée par les acteurs qui souhaitent s’emparer du sujet. Il y a également un travail au niveau européen avec des «testbeds» à l’initiative de la France, de l’Allemagne et du Luxembourg”, précise le coordinateur interministériel sur le déploiement des bornes pour véhicules électriques à la Direction générale de l’énergie et du climat.
Précisons qu’un testbed (banc d’essai en français) est un cadre d’expérimentation et d’homologation transnationale visant à simplifier les homologations entre États. Selon Claude Renard, ces testbeds devraient donner lieu à une déclaration d’intention conjointe qui sera signée le 8 juin 2026 par les ministres des Transports au niveau de la Commission européenne. “Cette signature devrait donner une impulsion très forte pour orienter et faciliter les déploiements concrets à l’échelle européenne”, ajoute-t-il.
Automobile Magazine – France






















