Alors que le marché automobile français ne parvient toujours pas à se relever, les perspectives pour 2026 s’annoncent particulièrement sombres. Pour Marc Bruschet, président des concessionnaires VP de Mobilians, le constat est sans appel : le marché cumule aujourd’hui tous les signaux négatifs, à commencer par un effondrement des immatriculations et un niveau de commandes historiquement bas.
En 2025, les immatriculations de véhicules particuliers ont plongé à un niveau inférieur à celui de 2020, à 1,632 million d’unités. La comparaison est d’autant plus critique que cette année-là avait été amputée de trois mois d’activité en raison des confinements. “Nous sommes même, sur certains segments, en dessous de 2022 au pire moment de la crise des semi-conducteurs“, souligne Marc Bruschet, citant notamment le marché des sociétés, en chute libre.
Sur ce canal, il faut même remonter à la crise financière de 2009 pour trouver un niveau de dépression comparable. Au global, 2025 s’inscrit parmi les pires exercices des cinq dernières années.
Dans un contexte où les particuliers restent en retrait et où les entreprises ont quasiment déserté le marché, un seul canal a soutenu artificiellement les volumes en 2025 : les ventes tactiques, et plus précisément la location courte durée.
Des carnets de commandes “aux enfers”
À cette situation déjà dégradée s’ajoute un autre indicateur inquiétant : les commandes. Celles-ci évoluent à un niveau d’étiage proche du record négatif de 2023, le plus bas depuis la mise en place des statistiques par la PFA en 2015. Selon le Comité des constructeurs français d’automobiles (CCFA), celui-ci s’affiche à -6,6 % sur le mois de janvier 2026 pour les voitures particulières et à -2,8 % pour les véhicules utilitaires légers.
“Nous sommes à la cave en immatriculations, et aux enfers en commandes“, résume Marc Bruschet. Dans ces conditions, le premier semestre 2026 ne peut qu’être difficile.
Le mois de janvier en apporte une illustration frappante : avec un recul d’environ 7 % du marché total, il pourrait bien s’agir du pire mois de janvier depuis trente ans, malgré une base de comparaison déjà faible en 2025. Le marché des sociétés accuse une chute de 15 %, tandis que les particuliers ne résistent que grâce aux livraisons liées au leasing social.
Aucun rebond en vue pour les particuliers
Fait notable, la dégradation du marché n’est pas liée à un effondrement macroéconomique. Croissance positive, gains de pouvoir d’achat cumulés, taux d’épargne record à 19 % : objectivement, les ménages ont les moyens d’acheter. Pourtant, le marché ne repart pas. “Le problème, ce n’est pas uniquement la confiance, c’est aussi le prix et la fiscalité“, tranche Marc Bruschet. Certes, les prix catalogues ont commencé à refluer en 2025 (-1,8 % hors bonus-malus), une première depuis des années. Mais l’effet est annulé par le durcissement fiscal voté dans le budget.
“On demande aux constructeurs de baisser les prix tout en augmentant fortement la fiscalité : à un moment, cela devient incohérent pour le consommateur“, estime-t-il.
Pour les flottes d’entreprises, le diagnostic est encore plus sévère. Le cumul de plusieurs dispositifs comme la réforme des avantages en nature, le durcissement des malus et la taxe de verdissement des flottes bloque totalement le marché. Cette fiscalité, jugée coercitive plus qu’incitative, pousse certes à augmenter la part de véhicules électriques, mais “en détruisant le marché et son assiette“.
Dernier pilier dynamique du marché ces derniers mois, la location courte durée devrait à son tour fléchir fortement en 2026. L’augmentation spectaculaire des malus rend le modèle économique des loueurs insoutenable.
Incapables de répercuter ces hausses sur leurs clients, ils devraient allonger massivement la durée de détention de leurs véhicules, passant de neuf mois à deux ou trois ans. Cette évolution aura des effets en cascade sur le marché du neuf mais aussi sur celui de l’occasion. “Si l’on parvient simplement à stabiliser le marché en 2026 au niveau de 2025, ce sera déjà un miracle“, avertit Marc Bruschet.
Une remise à plat urgente de la fiscalité automobile
Pour le président des concessionnaires au sein de Mobilians, la clé du redressement passe par une réforme profonde de la fiscalité automobile française, devenue contre-productive. “La fiscalité auto est une vache à lait. On peut optimiser la production de lait, mais pas tuer la vache. Aujourd’hui, c’est ce que l’on est en train de faire“, compare-t-il.
La France apparaît désormais en décrochage par rapport à ses voisins européens, qui ont mieux calibré leurs aides et maintenu des dispositifs de soutien plus efficaces. Les aides françaises, à l’image du leasing social, sont jugées coûteuses et peu efficientes, tandis qu’un retour à des mécanismes de type prime à la conversion pourrait, selon lui, produire des effets plus vertueux.
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